
Cantà in Cumpagnia
Deux chœurs en miroir, rencontre entre la musique de la renaissance italienne, la tradition polyphonique corse et l'art de la diminution improvisée.
Concert musique ancienne et traditionnelle
“Cantar in compagnia” est une citation que l’on retrouve dans le manuscrit de Girolamo Dalla Casa “il vero modo di diminuir” datant de 1584. Traité de diminution de la fin du XVIème siècle celui-ci témoigne d’une pratique musicale ou chanteurs et instrumentistes se retrouvaient ensemble, in cumpagnia, au service des textes musicaux sacrés et profanes de l’époque.
Cette compagnie prend les formes d’un double chœur, non pas celui de la pléthore de pifferari et chanteurs que l’on peut apercevoir sur les représentations picturales des tribunes de la Basilique Saint-Marc de Venise, mais plutôt celui qu’on peut imaginer dans l’humilité d’une petite église de village.
Créé pour la première fois à l’occasion du Festival 2024 de la Camerata Figarella et enregistré pour le Label Carpediem Records/Outhere Music en Aout 2025 avec une sortie de disque prévue le 30 Octobre 2026, ce programme propose une rencontre musicale unique.
D'un côté, quatre instruments à vent à la croisée des mondes ancien et moderne : William Dongois virtuose du cornet à bouquin; Stefan Legée à la sacqueboute ; Fausto Sierakowski, saxophoniste spécialiste de l'art du maqâm ottoman ; et Ange Sierakowski, clarinettiste au sein d’une prestigieuse phalange berlinoise. Ensemble, ils réinvestissent l'ancien art de la diminution, cet art de l'ornementation improvisée qui métamorphose le matériel mélodique et polyphonique.
De l'autre, quatre voix : Enea Sorini, baryton italien et percussioniste spécialiste du chant du moyen age et de la renaissance, membre de Micrologus et des Musiciens de Saint-Julien ; ainsi que les chanteurs traditionnels corses Jean-Étienne Langianni, Michel Paoli et Daniel Gonet, membre notamment du groupe historique Tavagna, Jean-Etienne collaborant également avec l’Ensemble Organum de Marcel Pérès.
Entre ces deux chœurs, aucune imitation : un dialogue. Le madrigal pré-baroque et la frottola toscane répondent à la polyphonie traditionnelle ; l'improvisation modale ottomane se glisse dans les silences du chant sacré et du repertoire savant du XVIème.
Le répertoire puise ses racines dans le Moyen Âge italien : ainsi, Per non far lieto de Gherardello da Firenze, où la voix d’Enea Sorini semble remonter des ruelles de Florence, se mêle au tambourin et aux sonorités orientales du saxophone. On y trouve aussi Entrava Phebo, madrigal primitif à trois voix du Trecento par Iacopo da Bologna, jamais enregistré jusqu’alors, évocation poétique du soleil.
Parmi les trésors redécouverts : les laudes du Laudario di Cortona, retrouvées dans un recoin oublié d’un couvent, des siècles plus tard. Premiers exemples de chansons sacrées en langue vernaculaire, elles offrent notamment Laudar Volio per Amore, ode d’amour à Saint François, et Oimè Lasso, texte du poète moine rebelle Jacopone da Todi, auteur du Stabat Mater et excommunié en 1297 par Boniface VIII, ici mis en musique dans une composition originale de Michel Paoli.
La plongée se poursuit dans les harmonies de la paghjella et du madrigal traditionnel corse, à l’image de l’inédit Nato era Maggio Lieti : un texte du diplomate et poète de la cour de Mantoue sous les Gonzaga, a conservé depuis plusieurs siècles dans le village de Sorba.
Enfin, le répertoire savant s’ouvre au public avec les œuvres d’Orlando di Lasso, Palestrina, Arcadelt et Verdelot, sur des textes fondateurs : le cri politique contre la guerre de Italia Mia de Francesco Petrarca, le sensuel Dolce Nocte de Niccolò Machiavelli, l’ode à la mort de l’artiste Dolce e bianco cigno, et un motet inédit à six voix de Lassus : Da pacem Domine.
Oui, la paix, toujours, pour toutes et tous.
C’est ce paysage que la Camerata Figarella souhaite donner à entendre ici. Suivant, comme fil d'Ariane, celui de la Renaissance dans son sens premier, fruit d’un perpétuel renouveau, à l’enracinement ancestral, à l’instar d’une fragile fleur d’Anthemis se glissant entre les vieilles lauzes, témoins de trop de blessures que le printemps va devoir soigner.

Artistes

Ange Sierakowski
Clarinette

Jean-Étienne Langianni
Chant

Daniel Gonet
Chant

Michel Paoli
Chant

Enea Sorini
Chant & percussions

Stefan Legée
Sacqueboute

Fausto Sierakowski
Saxophone

William Dongois
Cornet à bouquin

